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Le but principal du passage à 43 annuités est de pousser les gens vers les « produits » de retraite par capitalisation

mardi 25 juin 2013, par André Martin

Deux mois après l’annonce par le gouvernement du passage progressif à 43 annuités pour une retraite à taux plein, le message a été reçu 5 sur 5 par la jeunesse. Un sondage de septembre 2013 montre que "57% des Français ne font plus confiance au régime de retraite par répartition" et qu’une majorité des jeunes de 18 à 34 ans "préfèrent la capitalisation à la répartition". Certes, comme souvent dans les sondages, les questions étaient formulées de façon biaisée afin d’orienter les résultats du sondage dans le sens souhaité par l’institut de sondage (très libéral) et ses commanditaires. Quand on lit les questions on voit que leur formulation participe clairement à la propagande en faveur de la capitalisation en matière de retraites.

Il n’en reste pas moins vrai, et assez compréhensible, que le passage à 43 annuités pousse les gens, notamment les jeunes actifs, vers les « produits » de retraite par capitalisation

Une telle affirmation doit être étayée par des constats aussi objectifs que possible. Sur tous les sujets économiques et sociaux, plutôt que de faire confiance aux discours des acteurs, il faut observer les faits.

Constats N° 1 : on ne peut pas se fier aux déclarations officielles des principaux acteurs

A commencer par la réforme Balladur de 1993, toutes les réformes ont eu officiellement pour but de "sauver la retraite par répartition". Résultat : 30 après, "57% des Français ne font plus confiance au régime de retraite par répartition". Un peu bizarre, non ?

Autre constat : en 2008, François Chérèque au nom de la CFDT était opposé au passage de 40 à 41 annuités envisagé dans la réforme Fillon de 2003, au motif qu’une telle augmentation serait aberrante dans une situation de chômage massif. En 2013, alors que le chômage ne cesse d’augmenter, pourquoi la CFDT ne développe-t-elle plus cet argument de simple bon sens ?

Constat N° 2 : Les conditions ouvrant droit à la retraite ne peuvent pas être fixées sans tenir compte du niveau du chômage

Tous les économistes, syndicats, partis et associations responsables répètent depuis des années que le problème ce n’est pas les retraites mais le chômage de masse. Pierre Larrouturou, animateur du collectif Roosevelt, rappelle « Aujourd’hui d’après l’Insee, il n’y a que 19% des gens qui ont un emploi à l’âge de 62 ans. Donc demander aux gens de travailler plus longtemps s’ils n’ont pas de boulot, c’est juste impossible. Pour sauver les retraites, il faut d’abord sortir du chômage ».

Bizarrement, les partisans de l’augmentation de l’âge ou du nombre d’annuités ne répondent jamais à l’argument suivant : en obligeant les seniors à travailler 2 ou 3 années de plus, ce sont autant d’emplois qui ne seront pas libérés pour les 5 millions de demandeurs d’emplois, dont les 27 % de jeunes au chômage.

Constat N° 3 : les réformes précédentes conduisent déjà à une baisse moyenne des retraites d’environ 30%

Voir le dossier d’Alternatives Economiques de juin 2013 « Retraites : les efforts ont déjà été faits – Les Français ont payé un lourd tribu aux réformes précédentes ».

« Une étude récente de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques a calculé que si les réformes de 1993, 2003 et 2008 s’étaient appliquées aux affiliés de la CNAV et de la MSA-salariés de la génération 1938, ceux-ci auraient eu des pensions de base réduites de 28 % en moyenne lors de la liquidation, et de 35 % sur l’ensemble de leur période de retraite. .... », extrait de http://www.france.attac.org/articles/retraites-pour-un-choc-de-repartition

Constat N° 4 : 43 annuités c’est la fin de la retraite à taux plein pour tous ceux ont fait des études post-bac

L’âge moyen d’entrée dans la vie active étant de 23 ans, les 43 annuités signifieront la retraite à taux plein à 66 ans, en moyenne. Pour les jeunes qui entrent dans de vrais emplois à 25 ou 26 ans, les 43 annuités signifiront la retraite à taux plein à 67 ans (âge ouvrant droit actuellement à une retraite sans décote quel que soit le nombre d’annuités).

Or chacun sait que même les entreprises socialement responsables ne garderont qu’exceptionnellement leurs salariés au-delà de 62 ans. Résultats : l’immense majorité de salariés ne pourront pas remplir les conditions pour une retraite à taux plein et se verront donc appliquer des décotes importantes. Des arguments supplémentaires imparables pour les vendeurs de « produits » d’épargne retraite gérés en capitalisation.

Constat N° 5

Bizarrement, aucun des « partenaires sociaux » ne propose de mettre fin au cumul emploi retraite sans aucune limite de revenu autorisé depuis 2009. Alors que ce cumul est préjudiciable à l’équilibre financier des caisses de retraites. Voir « La réforme qui a déjà coûté plusieurs milliards aux caisses de retraites ! »

Constat N° 6

Bizarrement, aucun des « partenaires sociaux » ne rappelle que les exonérations fiscales et sociales incitant à recourir aux « produits » d’épargne retraite individuels ou collectifs (Perco, Perp, Pere, ...) gérés en capitalisation sont au bout du compte payées par les contribuables.

Constat N° 7

Bizarrement, les « partenaires sociaux » continuent à laisser aux groupes financiers et d’assurance le « marché de l’épargne retraite »

Ce feu vert donné à la capitalisation représente de nombreux dangers, parmi lesquels :

  • les fonds gérés en capitalisation sont à la merci de l’éclatement des bulles d’actifs (bourse, immobilier, ...)
  • la capitalisation augmente la financiarisation déjà très excessive de l’économie
  • les fonds de pension exigent des rendements insensés de la part des entreprises dont ils sont actionnaires, contribuant ainsi à la baisse des salaires et à la réduction continue des effectifs
  • autant de ressources en moins pour les systèmes par répartition
  • gestion peu transparente de la plupart de ces « produits »
  • absence de comparatifs sérieux et indépendants
  • conflits d’intérêts évidents, puisque pour les contrats collectifs ce sont les employeurs qui choisissent le prestataire, bien entendu privé

On se garde bien d’expliquer tout cela aux jeunes qui, aujourd’hui, déclarent naïvement "préférer la capitalisation à la répartition".

Et alors qu’une offre de solutions d’épargne retraite gérées en répartition dans le cadre paritaire de l’ARRCO et de l’AGIRC (pour les salariés du secteur privé) aurait de multiples avantages :

  • possibilités pour les salariés, ou pour les entreprises, de cotiser plus à l’ARRCO et/ou à l’AGIRC. Comme c’était par exemple le cas à l’ARRCO avant la généralisation de la retraite complémentaire des non cadre en 1972
  • gestion unifiée et transparente par les « partenaires sociaux »
  • gestion en répartition, sans risque et sans financiarisation
  • augmentation des ressources des caisses ARRCO et AGIRC, au lieu de la désindexation des retraites complémentaires par rapport à l’inflation décidée par l’accord AGIRC-ARRCO du 13 mars 2013
  • contribution à une transition vers un système simplifié et unifié par points

Comment se fait-il que la CFDT qui propose depuis 2008 de « Généraliser l’épargne retraite collective et solidaire » ne se batte pas pour cette généralisation dans le cadre paritaire de l’ARRCO et de l’AGIRC ?

Conclusions

Ces 7 constats peu contestables permettent d’affirmer que l’annonce d’un passage progressif à 43 annuités est, d’abord et surtout, un message très clair envoyé à tous ceux qui sont entrés ou entreront dans l’emploi à 25 ans ou plus : pour vous la retraite par répartition à taux plein ce ne sera pas avant 65, voir même 67 ans. Si vous vous arrêtez avant pour une raison ou une autre (santé, perte d’emploi, ...), votre retraite par répartition subira une décote importante. Votre seule alternative : cotiser dès maintenant auprès d’une banque ou d’une compagnie d’assurance pour un « produit » d’épargne retraite.

L’objectif est en passe d’être atteint, comme l’indique ce sondage de septembre 2013

Avez-vous remarqué la récente multiplication des publicités pour les « produits » d’épargne retraite, à la radio et dans les journaux ? Probablement une coïncidence.

Lire aussi « 43 ans de cotisations : Le cheval de troie de la capitalisation retraite ! »

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