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Pour un « Grenelle du pouvoir de vivre » et un « Conseil National de la Transition » ...

dimanche 5 avril 2020, par André Martin

Les conséquences économiques et sociales de la pandémie seront comparables à celles de la crise des années 30. Mais ne seront qu’un épiphénomène comparées à celles qui découleront du réchauffement climatique et de l’effondrement déjà engagé de la biodiversité. C’est ce qu’explique l’astrophysicien Aurélien Barrau, en 8 minutes, dans cette vidéo du 14 avril. Et Jean-Marc Jancovici, en 4 minutes, dans cette vidéo du 16 avril.

La situation économique, sociale et politique des prochains mois aura aussi de grandes similitudes, hormis pour le nombre de morts et de destructions matérielles, avec celle de 1943 qui avait conduit à la création du Conseil National de la Résistance en 1944 :

  • des pans entiers de l’économie dévastés et à reconstruire, à partir des besoins réels
  • une protection sociale à redéfinir, pour remédier à toutes les formes de précarité et au niveau insupportable des inégalités
  • nécessité de sortir de l’idéologie néolibérale imposée par les "élites" formatées au pouvoir depuis 40 ans

A très court terme, un "Grenelle du pouvoir de vivre" va être incontournable pour faire face à l’explosion du chômage et à la baisse généralisée du pouvoir d’achat. Pour enclencher un processus de réduction drastique des inégalités. Pour combattre l’idéologie criminelle du « Travailler plus pour gagner plus ». En martelant que "Les Français n’ont pas besoin de travailler plus, mais de travailler tous !"


Le risque d’un krach financier pourrait venir encore amplifier l’inéluctable explosion du chômage.

Citons quelques raisons d’espérer. Après une catastrophe d’une telle ampleur tout sera à repenser et reconstruire. Le néolibéralisme aura définitivement montré sa totale inadéquation avec les valeurs fondamentales auxquelles aspirent les hommes et femmes de bonne volonté : liberté, égalité, fraternité, solidarité, entraide. La plupart des contre réformes que le gouvernement Macron/Philippe voulait imposer de force seront enterrées. A commencer par celle des retraites qui, rappelons-le, a mobilisé toute l’énergie du gouvernement et de sa majorité au moment où il aurait fallu se préparer à affronter la pandémie qui arrivait. Les systèmes de protection sociale seront à repenser. Les arguments pour un revenu de base, et même pour le salaire à vie, seront pris au sérieux. Les citoyens seront beaucoup plus nombreux à s’intéresser aux livres et aux conférences des lanceurs d’alerte comme Aurélien Barrau, Jean-Marc Jancovici, Pablo Servigne, Yves Cochet, Cyril Dion, Corinne Morel Darleux et bien d’autres.

Ceux qui alertaient depuis des décennies sur les dangers mortifères du néolibéralisme, du productivisme, de l’extractivisme, sont à l’évidence mieux armés intellectuellement pour définir les contours et les priorités du « monde d’après » que ceux qui ont toujours affirmé que la priorité N° 1 était la relance de la croissance.

Pour faire face à l’effondrement de la biodiversité et aux changements climatiques, les batailles à mener vont être gigantesques. Il y a donc urgence à créer un Conseil National de la Transition. Dénomination probablement la plus appropriée car signifiant à la fois la gravité de la situation (analogie avec le Conseil National de la Résistance) et l’axe prioritaire des programmes de gouvernement à élaborer. Cette suggestion vient d’être reprise, le 27 avril, dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron ... "des personnalités aux compétences diverses reconnues, travaillent à la mise en place d’un Conseil national de la Transition"

Il faudra notamment s’opposer à celles des mesures de relance qui seraient en totale inadéquation avec les nécessités de la Transition. Dans une phase d’explosion du chômage ce ne sera pas tâche facile. Citons Bruno Latour (sociologue, anthropologue et philosophe des science) : « Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. A la demande de bon sens : « Relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! ». La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant. »

Malheureusement, en 3 décennies, le néolibéralisme est parvenu à laminer et à fragmenter les "forces de progrès" qu’il faudrait rassembler pour mener ces batailles idéologiques, sociales et politiques. Résultat : les 3 dernières grandes batailles sociales, pourtant soutenues par une large majorité des Français, ont été perdues. Celle de 2010 contre la réforme Sarkozy des retraites, celle de 2016 contre la loi Travail et celle contre la réforme Macron des retraites ! Ces "forces de progrès" sont-elles au moins parvenues à un début de consensus sur les causes principales de ces échecs à répétition ?

Pour affronter les conséquences sociales et économiques dramatiques de la crise sanitaire, les responsables des syndicats, des partis de gauche, des grandes associations et des ONG vont devoir travailler ensemble. Et surtout avec les lanceurs d’alerte, anthropologues, scientifiques, chercheurs, sociologues, philosophes, psychologues, ... Par exemple, en se rassemblant dans un "Conseil National de la Transition". Nous n’avons aujourd’hui ni De Gaulle, ni Jean Moulin, ni représentants des huit grands mouvements de résistance, avec leur notoriété morale et politique acquise pendant la guerre.. Mais pour définir le monde d’après, les représentants syndicaux des "premiers de corvée" (urgentistes, infirmières, aide soignantes, caissières, transporteurs, éboueurs, ...) seront plus utiles que les "premiers de cordée".

Les réflexions politiques récentes, échangées au lance roquettes entre Jean-Luc Mélenchon pour LFI et Julien Bayou pour EELV, ont certes leur pertinence et leur utilité. Celles formulées par Eric Piolle ou Clémentine Autain, parce que plus concrètes et moins clivantes, devraient permettre le rassemblement des forces humanistes et de progrès.

Un autre gouvernement sera incontournable, au plus tard à l’automne. Pas un gouvernement d’union nationale avec ceux qui veulent revenir très vite à la croissance et au monde d’avant. Pas avec ceux qui, sachant qu’il y aura des centaines de milliers de chômeurs supplémentaires, ont l’indécence d’affirmer qu’il faudra augmenter le temps de travail de ceux qui auront conservé leur emploi.

Pour les forces de progrès, seul un "Gouvernement pour la transition" serait acceptable et souhaitable. Une telle dénomination aurait le mérite d’être claire et de rappeler à tous (parlementaires d’une future nouvelle majorité à définir, partis politiques, syndicats, candidats ministres, ...) que c’est la seule voie possible. Le rôle du Conseil National de la Transition serait de préparer, en juin /juillet, un Programme pour la Transition susceptible de permettre la constitution en août/septembre d’un "Gouvernement pour la transition".

Les grèves et les manifestations étant difficilement imaginables dans les semaines à venir, la création rapide d’un Conseil National de la Transition est probablement le seul moyen d’instaurer un début de rapport de force politique crédible face à l’idéologie de la majorité macroniste et du MEDEF. En l’absence d’un rapport de force, la proposition d’EELV d’un "Grenelle du monde d’après" est aujourd’hui probablement prématurée. Par contre un "Grenelle du pouvoir de vivre" est incontournable. Pour faire face à l’explosion du chômage et à la baisse généralisée du pouvoir d’achat. Pour enclencher un processus de réduction drastique des inégalités.

La sobriété heureuse était reconnue depuis longtemps comme la seule voie possible pour limiter le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité. D’autant que des moyens budgétaires très importants doivent être consacrés aux investissements et reconversions nécessaires. Avec la baisse généralisée du pouvoir d’achat qui vient de commencer pendant la crise sanitaire, la sobriété "heureuse" va s’imposer à l’immense majorité des citoyens. A ceux qui n’en ont jamais entendu parler, comme à ceux qui ne voulaient pas en entendre parler. Pierre Rabhi et les millions de citoyens qui partagent ses idées avaient vu juste.

Le signal du sursaut, pour dessiner les contours d’un monde d’après crédible et désirable, devrait donc être initié et incarné par un large rassemblement de personnalités représentatives de toutes les sensibilités humanistes et de progrès.

Aussi nous suggérons que soit lancé, en mai, un Appel à la création d’un "Conseil National de la Transition". Par un grand nombre de personnalités de progrès aux compétences reconnues et appréciées des Français. Avec des responsables des syndicats, des ONG et des grandes associations. Afin de donner à cet Appel un impact à la hauteur des enjeux.

Parmi les centaines de "personnalités de progrès" que nous aimerions voir se rassembler, on peut citer :

  • plus une quarantaine de représentants de grandes associations, syndicats et ONG, particulièrement qualifiés pour définir les contours et les priorités du monde d’après. Voir par exemple celles regroupées dans Réseau Action Climat. Dont des représentants des "premiers de corvée" : urgentistes, infirmières, aide soignantes, caissières, transporteurs, éboueurs, etc ...

Conseil National de la Transition - Groupes de définition des priorités

Les Groupes de définition des priorités du Conseil National de la Transition préfigureraient la structuration souhaitable d’un "Gouvernement pour la transition". D’où quelques suggestions ci-après, parmi des dizaines d’autres possibles. Pour connaitre le profil et les compétences des personnes et associations citées, voir sur Wikipédia.

Présidents : Gaël Giraud, Bruno Latour, Jean-Marc Jancovici

Coordination et porte-parolat : Cyril Dion, Clémentine Autain, Dominique Bourg, Aurore Lalucq, ...

Pôle économie, finances, fiscalité, planification

• Economie, finances, fiscalité : Gaël Giraud, Thomas Piketty, Julia Cagé, Christophe Ramaux, Jacques Généreux, …

• Planification, énergies, budget : Jean-Marc Jancovici, Guillaume Pitron, Guillaume Duval, ...

Pôle protection sociale, santé, retraites, droit du travail

• Protection sociale, réduction des inégalités, système de retraites : Jean Gadrey, Jean-Marie Harribey, Sylvie Durand, Henri Sterdinyak, Sophie Binet, ...

• Salaires et utilité sociale : Baptiste Mylondo, Bernard Friot, Paul Jorion, Adrien Quatennens, ...

• Droit au travail et droit du travail : Dominique Méda, Thomas Coutrot, Pierre Larrouturou, Emmanuel Dockes, ...

• Pour un système de santé public, égalitaire et solidaire : André Grimaldi, Patrick Pelloux, Philippe Davezies, ...

Pôle transition écologique

• Planification écologique : représentants des ONG de l’Affaire du Siècle, Agnès Sinaï, Nicolas Hulot, Cécile Duflot, Jean Jouzel, ...

• Taxation de la publicité, des productions et consommations superflues ou nuisibles à la santé : Aurélien Barrau, François Ruffin, Laurent Mauduit, ...

• Villes en transition, villes où il fait bon vivre, logement : Eric Piolle, Joseph Spiegel, Damien Carême, Cécile Duflot, ...

• Logement : Christophe Robert, Marie-Noëlle Lienemann, Claire Hédon, Droit au logement, ...

• Education à l’intérêt général, information sur les lobbies, les conflits d’intérêts, les nuisances de la publicité : Hervé Kempf, Elise Lucet, François Ruffin, ...

• Sobriété heureuse, indicateurs de bien-être : Cyril Dion, Jean Gadrey, Aurélien Barrau, ...

Pôle démocratie

• Restructuration de la presse et des médias : Henri Maler, Edwy Plenel, Julia Cagé, Robert Joumard, ...

• Préparation d’une Constituante en vue de repenser les institutions : ...

Sont bien sur à rajouter les Pôles Culture, Coopérations européennes, Relations Internationales, Sécurité et défense, etc ...


Il ne s’agit ni d’une pétition, ni d’un Appel. Si ces réflexions vous paraissent utiles, indiquez ci-dessous vos Nom et Prénom ... Et "Partagez" cette contribution sur les réseaux sociaux.

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