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Pour collecter 90 millions d’euros au profit des salariés en grève, il suffirait que 25 % des Français qui les soutiennent versent en moyenne 10 euros

jeudi 14 octobre 2010, par André Martin

Le site « Solidaires pour une grève efficace ! » à l’adresse http://www.bizimugi.eu/grevesolidaire/ vient d’ouvrir le 19 octobre. Ce sera probablement le site à privilégier pour centraliser et publier les coordonnées des différentes caisses de solidarité. Et pour qu’une même charte, garantie de transparence pour les donateurs, soit adoptée par les caisses de grève qui seront référencées sur ce site. Ce que nous suggérions d’appeler le Solidaires’thon vient donc de démarrer le 19 octobre.

L’idée d’un Solidaires’Thon qui permettrait de recueillir plusieurs dizaines de millions d’euros n’a rien d’irréaliste. En effet, les 3 /4 des Français sont contre cette réforme et un sondage BVA du 19 octobre montre que 59% d’entre eux veulent soutenir les grévistes qui font des sacrifices pour défendre l’intérêt de tous. Les 3 /4 des Français de plus de 16 ans, cela représente environ 36 millions de Français. Même si seulement 25 % d’entre eux (soit 9 millions) versaient en moyenne 10 euros, le total des dons s’élèverait à 90 millions d’euros.

Or nombreux sont ceux qui sont prêts à verser beaucoup plus de 10 euros. Des citoyens nous écrivent qu’ils sont prêts à verser 1 ou 2 jours de salaire. N’oublions pas aussi ceux qui risquent de devoir travailler 2 ans de plus si la réforme passe. Nombre de ceux-là sont prêts à faire des dons significatifs pour échapper à un report de 2 ans de leur droit à prendre une retraite bien méritée.

Ajoutons enfin à ces catégories, tous ceux qui, même parmi les gens aisés, sont prêts à s’offrir le plaisir de voir le monarque avaler son chapeau … comme son copain Villepin y avait été contraint avec le CPE.

Il n’est donc pas du tout déraisonnable d’estimer que le montant total du soutien financier aux grévistes pourrait se situer autour de 100 millions d’euros. Cela dépend de l’implication et de l’imagination de chacun de nous, pour recueillir les 10 euros en moyenne auprès de seulement 25 % des Français qui soutiennent les grévistes.

L’initiative « Solidaires pour une grève efficace ! » a démarré, sur le site http://www.bizimugi.eu/grevesolidaire/ Vous pouvez ainsi organiser des collectes dans vos entreprises, via les sections syndicales d’entreprise lorsqu’elles existent. Vous pourrez apporter les dons collectés soit directement aux Assemblées Générales de grévistes (SNCF, raffineries …) de votre région, soit à l’une des caisses de grève référencées sur « Solidaires pour une grève efficace ! ».

Analyse de la situation

Quand une réforme est désapprouvée par 75% des Français et qu’elle est imposée par un monarque qui n’a plus la confiance que de 25% des Français, il doit bien avoir des solutions, dans un pays en principe encore en démocratie, pour obtenir le retrait de cette réforme. Si la démocratie avait été respectée, un référendum aurait été organisé. Ce référendum était d’autant plus indispensable que Sarkozy a répété à plusieurs reprises qu’il ne toucherait pas au droit à la retraite à 60 ans, car il n’avait pas sollicité un tel mandat pendant sa campagne de 2007. Ce référendum qu’il nous vole, pourquoi ne pas l’organiser sous la forme de collectes à très grande échelle des dons de soutien financier aux grévistes. Nous avons suggéré ce terme de Solidaires’Thon uniquement pour signifier que, si nous voulons une grande efficacité des collectes, il faut ne faut pas craindre de s’inspirer des modalités de collectes du Téléthon (collectes sur les lieux publics, dans les manifestations, promesses de dons, publication en continue et médiatisée du total des dons récoltés etc …)

Les caractéristiques de la situation actuelle sont les suivantes :

· ¾ des Français sont opposés à cette réforme-ci et sont prêts à apporter leur soutien à telle ou telle forme d’actions pour être entendus. Les grèves et les manifestations sont des leviers, mais nous devons en trouver d’autres, complémentaires

· pour des raisons multiples qu’il faut analyser précisément (1), des millions de Français ne peuvent pas faire grève, ou n’osent pas faire grève, ou jugent que ça ne ferait ni chaud ni froid à leur employeur. Mais des millions sont prêts à peser très fort, si nous sommes capables de leur proposer des modalités efficaces de soutien aux grévistes

· il y a ceux, très nombreux, que l’on entend déclarer lors d’interviews : « j’ai 2 enfants, 3 crédits … je voudrais bien faire grève, mais je ne peux pas me permettre de perdre 80 euros par jour ». Cette réalité dramatique, Sarkozy et le Medef la connaisse bien. D’où leur risque calculé que des grèves massives et généralisées étaient peu probables

· certes, les manifestations continuent de s’amplifier. Mais il faut comprendre qu’une course de vitesse est engagée. Le calendrier de Sarkozy était habile : présentation du projet le 16 juin, conseil des ministres début juillet, passage en force à l’Assemblée Nationale par le vote du 15 septembre, puis passage en force au Sénat d’ici le 15 octobre (reporté de quelques jours). Par rapport à ce calendrier, les mobilisations des confédérations ont été prises de vitesse : 5 journées de mobilisations d’ampleurs croissantes, mais étalées sur 1 mois et demi ! … De plus les étudiants viennent de commencer leur année universitaire et leurs actions d’information et de sensibilisation ont débuté il y a à peine 1 à 2 semaines

· la recherche de l’unité syndicale est certes nécessaire, mais l’unité syndicale à tout prix a, de fait, conduit à un flou sur les objectifs (retrait/pas retrait … quels points non négociables ? … quels points négociables ? …) et à un flou sur les modes d’actions susceptibles d’atteindre les objectifs

· résultat de tout cela : la confédération dont le poids est toujours déterminant dans ce genre de confrontation sociale majeure (la CGT) est tiraillée entre différentes préoccupations légitimes : souci de laisser aux salariés le soin de décider démocratiquement de leurs modes d’action dans leurs entreprises, volonté de ne « pas lâcher », hésitation à demander le retrait du projet de réforme, crainte (fondée) qu’un grand nombre de salariés qui voudraient faire grève ne puissent pas financièrement se le permettre, avec le risque à la clé que le monarque ne soit pas contraint de jeter l’éponge.

andré martin

co animateur du site http://www.retraites-enjeux-debats.org/

Cette contribution est enrichie régulièrement par les bonnes idées qui nous sont transmises.

(1) Certes de nombreux salariés du privé n’osent pas se lancer dans une grève de plusieurs jours et se limitent souvent à des débrayages pour aller aux manifestations. Mais n’oublions pas que 5 à 10% de grévistes pendant 2 jours, dans une entreprise du privé, ça ne fait généralement ni chaud ni froid à l’employeur. Les salariés sont même contraints de rattraper ensuite leur boulot en retard ! Ces situations sont très majoritaires chez les cadres et les techniciens. Dans de tels cas de figure, il est certainement plus utile et plus habile que ces salariés puissent verser à une caisse de solidarité aux grévistes une partie des 1, 2 ou 3 jours de salaire qu’ils étaient prêts à sacrifier. Ne déduisez pas de ces réalités que nous suggérons aux catégories de salariés évoquées que nous les invitons à … en payer d’autres pour faire la grève à leur place.

Il en est exactement de même dans beaucoup de secteurs de la Fonction Publique : si les salariés perdent des jours de salaires, l’employeur n’en a rien à cirer. Mieux, il se frotte les mains puisqu’il fait des économies.

Il en est de même pour les retraités qui ne peuvent pas utiliser le levier de la grève.

Il y a donc des dizaines de millions de Français qui ne peuvent pas peser par la voie classique et traditionnelle de la grève. Même si, bien entendu, le rôle des fédérations syndicales est d’œuvrer pour élargir les grèves à un certain nombre d’autres secteurs susceptibles d’exercer une pression économique forte. L’organisation à très grande échelle de la solidarité financière avec les grévistes permet aussi de mesurer et de faire connaître le niveau de sympathie et de soutien dont bénéficient les salariés en grève reconductible.

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