Agirc-Arrco Mise au point

lundi 15 mars 2010, par Jean-Luc CASSI

Suite à un article du Point, un texte circule partout en France, et au Technocentre Renault à Guyancourt en particulier : "Agirc-Arrco : main basse sur nos retraites".

La source de cet article est un des animateurs d’un collectif, spécialisé dans la dénonciation des "privilèges" des fonctionnaires, des salariés d’EDF, des élus, des "technocrates Européens",etc..
Ce collectif prône le remplacement de la retraite par répartition par une retraite par capitalisation.

Cet article dénonce : " l’État s’apprête à « piquer » dans la caisse des retraités du privé pour alimenter celle du public. C’est un pillage en règle. L’opération doit consister à siphonner plusieurs milliards d’euros dans les caisses complémentaires des salariés du privé (Agirc-Arrco), pour alimenter le régime des fonctionnaires contractuels et des élus (Ircantec)"

Les informations obtenues d’un membre du conseil de surveillance d’APRIONIS (institution paritaire qui gère les retraites complémentaires AGIRC-ARRCO) corrigent ces assertions :

En fait, l’Ircantec est une caisse de retraite complémentaire des agents non titulaires de l’état, des hôpitaux, des collectivités locales (dont les élus), c’est à dire des salariés, de plus en plus nombreux, qui sont précaires et qui n’ont aucun droit dans la fonction publique. la valeur du point est effectivement plus élevé, mais le nombre de points est plus faible, et présenter ces salariés précaires comme des privilégiés est fort de café.
La dernière reforme de l’Ircantec a encore aggravé la situation des précaires de la fonction publique.

Les divers régimes de retraites ont des situations variées, selon principalement le rapport entre cotisants et retraités sur leur périmètre, ce qui nécessite des transferts entres caisses.
En effet, certains secteurs ont beaucoup plus de retraités que d’actifs (ex les mineurs, toutes les mines ont fermé).
A l’inverse s’il existait un régime spécifique pour les informaticiens, il serait très excédentaire, car il y a évidemment beaucoup plus d’actifs que de retraités dans l’informatique.
Avec la privatisation de la poste, les cotisations des postiers, actuellement gérés par l’Ircantec (depuis 1990), vont basculer sur Agirc Arrco, tandis que les retraites des postiers restent à la charge de l’Ircantec (loi du 12 janvier 2010).
Il y a en contrepartie une contribution ("soulte") de l’Arrco-agirc vers l’Ircantec pour compenser.

Les principaux transferts entres caisses de retraites (chiffre 2006)
- entre caisses salariés et non salariés :
5 milliards des caisses salariés (excédentaires) vers les caisses non salariés (déficitaires) (principalement au profit des exploitants agricoles (4,2 milliards), et des commerçants artisans (1,4 milliards), les professions libérales étant par contre excédentaires de 0,5 milliards)
Sur ces 5 milliards : les "régimes spéciaux" (fonctionnaires, edf, sncf, statutaires des collectivités locales, mineurs....) sont globalement contributeurs de 2,5 milliards, et le régime général est contributeur de 5 milliards, le régime des salariés agricoles est déficitaire de 2,5 milliards (au global 5 + 2,5- 2,5 = 5)
- entre caisses de salariés :
Collectivités locales (+ 2,5), fonctionnaires (+ 1,6), EDF (+0,1), Cheminots (- 0,3), Marins (-0,3), Mineurs (-1), Salariés agricoles (-2,2)
Ces transferts sont essentiellement le résultat des différences entre la composition de la population des retraités et la composition de la population active d’aujourd’hui (moins d’agriculteurs, de petits commerçants, de mineurs...qu’il y trente ou quarante ans).
En résume, contrairement aux idées nauséabondes qui circulent, ce n’est pas "ces fainéants de fonctionnaires grévistes qui vivent aux crochets de gens comme vous et moi qui se lèvent tôt pour aller travailler et gagner un salaire de misère à la sueur de leur front". Ce serait même plutôt les transferts des caisses de fonctionnaires (entre autres) qui financent les retraites de commerçants.
Nous, on trouve ces transferts entre caisses normaux. C’est la SOLIDARITE. La communauté des actifs financent les retraites des anciens. Qui feront pareil pour nous.

Rappel sur les principes du financement des retraites :

Contrairement à une idée répandue, ce sont évidemment les cotisations d’aujourd’hui qui financent les retraites d’aujourd’hui. Ce ne sont pas les cotisations de monsieur Dupont en 1970 qui financent la retraite de monsieur Dupont en 2010 !
- La cotisation de Monsieur Dupont, mineur de charbon, actif en 1970 a contribué à financer en 1970 la retraite de Monsieur Durand, retraité en 1970 et ancien employé à l’allumage des réverbères au gaz (métier disparu en 1970), .
- La retraite 2010 de Monsieur Dupont, ancien mineur de charbon, est financée par les cotisations 2010 de Mr Dutoit, informaticien
Le calcul de la retraite 2010 de monsieur Dupont à partir des cotisations passées de monsieur Dupont (que ce soit un calcul basé sur des années (Edf), des trimestres, ou des points), est un mode de calcul artificiel du niveau de revenus de monsieur Dupont, retraité, et rien d’autre.

Ce système a un gros avantage pour les libéraux, (particulièrement le système de points) : monter les gens les uns contre les autres (les professions, les catégories, les sexes, les immigrés, les jeunes....) encourager les jalousies et casser les solidarités, en faisant croire à chacun qu’il finance sa propre retraite.
Et préparer les esprits à la retraite par capitalisation (mettre de l’argent de coté pour ses vieux jours)

La retraite par capitalisation c’est quoi :
- Monsieur Dutoit, en 2020, donne de l’argent à sa banque pour son placement "épargne retraite"
- Monsieur Durand, en 2020, reçoit de l’argent de sa banque de son placement "épargne retraite"

Ce sont toujours les versements de Monsieur Dutoit, en 2020, qui financent la retraite de Monsieur Durand, en 2020. Cela ne change rien aux financements des retraites : ce sont toujours les actifs de 2020 qui financent les retraites des retraités en 2020.
Avec cependant une grosse différence avec la retraite par répartition : la rémunération du capital au passage.

En effet, les versements 2020 de Monsieur Dutoit deviennent un capital. Le système financier se rémunère au passage. La retraite que touche monsieur Durand, ce sont les versements de Monsieur Dutoit, moins les profits prélevés au passage. Monsieur Dutoit, qui croit financer sa future retraite, finance en fait celle de Monsieur Durand, retraité, ... et la banque ... donc le capitalisme.

Face à la crise financière, on a trouvé le moyen de détourner l’attention sur l’objectif le plus important  : la lutte pour la justice sociale. C’est une technique vieille comme le monde : diviser pour régner. Surtout, il leur faut trouver des boucs émissaires, créer des « nous » et des « eux ».

C’est une façon de créer deux groupes antagonistes. Lionel Thuram

En période de crise, ces idées se répandent. Partout.

Mais ces idées, à des degrés divers, sont plus répandues que cela.

Nous les salariés du privé, eux les fonctionnaires. Nous les salariés Français, eux les salariés Roumains. Nous les techniciens, eux les cadres. Nous les anciens, eux les jeunes. Nous dans les ateliers, eux dans les bureaux. Les promos, les rallonges, les boulots intéressants, ils n’y en a que pour eux. Nous, en usine, eux, dans le tertiaire. Nous, qui nous levons le matin pour travailler, eux, les assistés.
Il a une tronche pas catholique. Quand il y en a que quelques uns ça va, c’est quand il y a beaucoup que ça commence à poser problème. Quand il y aura plus de minarets que de clocher, la France ne sera plus la France.
Avant, les femmes ne travaillaient pas, et il y avait moins de chômage. Comme les femmes vivent plus longtemps, c’est nous qui cotisons pour elles.

....un trait commun : le repli des salariés.

Ce comportement comme les oppositions intercatégorielles ou la montée des phénomènes populistes, voire d’extrême droite, se sont manifestés dans toutes les crises que le capitalisme a déjà surmontées. Maryse Dumas, juillet 2009

Ce n’est pas un hasard si ce texte "main basse sur nos retraites" circule partout. C’est dans l’air du temps.

Depuis sa création, en 1895, la CGT a toujours combattu ces idées.
C’est dans les statuts :

Par son analyse, ses propositions et son action, elle agit pour que prévalent dans la société les idéaux de libertés, d’égalité, de justice, de laïcité, de fraternité et de solidarité.
Elle agit pour une société démocratique, libérée de l’exploitation capitaliste et des autres formes d’exploitation et de domination, contre les discriminations de toutes sortes, le racisme, la xénophobie et toutes les exclusions

Aujourd’hui c’est toujours aussi important.

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché
Quoi toujours ce serait la guerre, la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles
...
Un jour pourtant, un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme, un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Aragon chanté par jean Ferrat

Rappel des principales revendications CGT sur les retraites :
- retraite à 60 ans
- retraite anticipée pour pénibilité
- 75 % des derniers revenus et pas de retraites inférieure au SMIC

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