I – Il faut se dire la vérité !
Cyril Dion est l’un des lanceurs d’alerte qui a le plus réfléchi aux raisons principales de notre échec collectif à ralentir la course vers la catastrophe climatique. Dès 2018, dans « Petite manuel de résistance contemporaine » Cyril écrivait : « A la lecture de toutes ces nouvelles catastrophiques, notre réflexe fut, pendant des années, d’alerter et d’alerter encore. Force est de constater que c’est inefficace. Egrener ces informations, les poster frénétiquement sur les réseaux sociaux, monter des campagnes, faire ce que nous, militants, ONG, presse spécialisée, nous nous échinons à faire depuis des années est utile, mais globalement inopérant ». Puis en 2025, dans « La lutte enchantée - Comment garder espoir dans un monde qui bascule », il écrit : « Ce qui fera vraiment la différence, c’est qu’on arrête de tourner en rond. De se raconter des histoires, d’être des enfants. Qu’on se dise la vérité. Non, les gouvernements ne veulent pas agir. ». En 2 lignes tout est dit ou presque. Incontestable, car vérifiable sur les 4 décennies passées !
Pire, les gouvernements n’ont jamais voulu informer sérieusement les citoyens. Ni même informer et former la jeunesse sur le dérèglement climatique l’effondrement de la biodiversité. Malgré les mobilisations conjointes, en 2018 et 2019, des scientifiques, des enseignants et des citoyens. Voir leur tribune du 15 décembre 2018 intitulée « Assurons à nos lycéens une solide éducation scientifique au climat et à la biodiversité ! ». (1)
Ces mobilisations, comme les grandes marches pour le climat ont été stoppées net par l’arrivée du COVID. Elles sont restées inaudibles jusqu’à aujourd’hui. En raison des évènements tragiques au niveau mondial qui ont suivi : invasion de l’Ukraine début 2022, attaque du Hamas du 7 octobre 2023, retour de Trump au pouvoir en 2025. Ces évènements ont maintenu au second plan les batailles à mener contre l’inaction climatique. En France, un « exploit » politique a contribué à l’inaction climatique : depuis 2017, 8 ministres de l’Education nationale et 8 ministres de l’écologie et environnement.
À l’approche d’importantes élections à venir en 2027, il serait de la plus haute importance de relancer la mobilisation conjointe des scientifiques, enseignants, lanceurs d’alerte et des citoyens. Ne serait-ce que pour contribuer à éviter à la France l’arrivée au pouvoir des climatosceptiques. A nous de tenter d’initier cette bataille, avec cette lettre ouverte et le livre collectif que nous vous invitons à construire ensemble.
Le résultat de l’inaction est là, formulé depuis longtemps par l’astrophysicien Aurélien Barrau : « Je pense que la grande majorité des habitants de cette planète n’ont absolument pas commencé à comprendre l’ampleur de la catastrophe dans laquelle nous nous trouvons ». Vous en doutez ? Petite démonstration par l’absurde. Puisque l’on constate qu’une très large majorité des adultes ne font pas d’efforts pour réduire significativement leur empreinte carbone, c’est que : soit la proposition d’Aurélien Barrau est pertinente, soit qu’une majorité d’adultes se désintéressent de l’état de la planète qu’ils laisseront à leurs enfants et petits-enfants. Comme nous ne rencontrons quasiment jamais d’adultes qui pensent cela, c’est que la proposition d’Aurélien Barrau est juste. Organisons des quiz/sondages à grande échelle, élaboré par des scientifiques du climat, pour vérifier la justesse de l’assertion d’Alain Barrau.
Ces diagnostics étant posés, beaucoup de bon sens et un peu d’imagination devrait permettre de trouver une voie pour commencer à sortir du cercle vicieux.
II – Une réforme systémique s’impose : la préservation de l’habitabilité de la planète doit être enseignée à l’école, du primaire au lycée
L’Education nationale est la seule institution qui dispose des personnels (1,2 millions d’agents), des locaux et des outils pour dispenser un enseignement de qualité sur tous les aspects scientifiques qui conditionnent la préservation de l’habitabilité de la planète.
Depuis 10 ans, les gouvernements successifs ont renoncé à assumer leur responsabilité d’information et de formation des jeunes générations sur « le plus grand défi de l’histoire de l’humanité ». Cette mission ou obligation d’intérêt général a été abandonné aux documentaires, aux débats télévisés tardifs, aux associations sans moyens, au greenwashing, aux médias soumis au contrôle des grands annonceurs, aux réseaux sociaux aux algorithmes opaques. Dans un tel paysage, les lobbies et leurs amis n’ont aucune difficulté pour distiller le doute, pour instrumentaliser les peurs (ZFE, ZAN). Et pour disqualifier en « écologie punitive » toutes les mesures de sobriété pourtant jugées indispensable par les scientifiques du GIEC.
Une bonne compréhension des causes et des conséquences du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité, par ceux qui vont en subir les plus graves conséquences, est donc la seule solution pour que nos enfants et petits-enfants soient armés et motivés pour en limiter l’ampleur. Et armés pour interpeller et informer leurs parents.
Les programmes scolaires sont déjà bien trop chargés ! Oui, mais faudrait quand même se poser la question suivante : à quoi serviront ces montagnes de savoirs enseignées à nos enfants quand ils seront contraints de « vivre » dans une Europe à + 4°C ? A l’évidence, aucun des 8 ministres de l’Education nationale nommés par Emmanuel Macron, dont 7 sont restés moins d’un an en poste, n’a eu le temps de se poser ce genre de question.
Le Conseil scientifique de l’Education Nationale (CSEN) a d’ailleurs identifié que l’enseignement de la PHP nécessitait une réforme importante. Extrait : « L’enseignement des connaissances et enjeux associés au changement climatique et à la préservation de la biodiversité est un défi majeur pour notre système éducatif. Sa mise en œuvre se heurte cependant à plusieurs obstacles. Notamment, son éparpillement entre plusieurs disciplines qui complique la vision large, positive et systémique nécessaire pour former les citoyens de demain, acteurs de la transition écologique ».
La préservation de l’habitabilité de la planète doit être enseignée à l’école, du primaire au lycée. Avant que les diverses entreprises de formatage n’aient semé trop de graines dans le cerveau de nos enfants et petits-enfants. Il sera possible de dégager du temps pour ces enseignements puisque, par ailleurs, il va bien falloir trouver les moyens de réduire le temps que leur volent les algorithmes des réseaux sociaux.
Refuser d’agir pour que la préservation de l’habitabilité de la planète enseignée consisterait, de fait, à leur dénier le droit de connaître les causes et toutes les conséquences des catastrophes qu’ils vont devoir affronter. A leur dénier le droit de se faire une opinion sur la part de responsabilité de chacun des acteurs dans nos sociétés.
III – L’école doit redonner priorité aux raisonnements scientifiques, mais aussi former des citoyens conscients de leurs responsabilités
La préservation de l’habitabilité de la planète nous impose de tout faire pour ralentir le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité. En réduisant drastiquement nos émissions de GES, par la sobriété et la décarbonation . C’est l’aspect scientifique du défi, connu depuis 5 décennies !
De nouveaux risques majeurs, apparus depuis une dizaine d’années, doivent être affrontés parallèlement car ils entravent notre capacité à agir par la sobriété et la décarbonation. Nous nous limiterons à les lister :
• l’utilisation démentielle et non régulée des réseaux sociaux « enlève » 4 à 6 heures par jour aux jeunes, au détriment d’autres occupations saines et utiles. Auquel s’ajoute la dégradation de leurs capacités de concentration et l’incidence sur leur santé psychique
• la croissance exponentielle et non régulée du recours à l’IA entrainera un énorme gaspillage de ressources et d’énergie, au détriment de la décarbonation. En quelques mois, les jeunes à l’école y sont devenus accros !
• l’arrivée au pouvoir, dans de grands pays, de dirigeants irresponsables et corrompus génère d’immenses gaspillages de ressources physiques et d’intelligence. Ils démantèlent des institutions scientifiques dans les domaines du climat et de la santé publique. Des prérogatives régaliennes qui veillaient tant bien que mal au fonctionnement de la démocratie sont bradées aux géants de la tech.
Nous ne pourrons pas affronter tous ces défis sans conforter et redéfinir le rôle de l’école dans la formation de citoyens correctement informés et conscients de leurs responsabilités. Même si cette tâche incombe à l’ensemble de la société.
Agissons ensemble pour que la préservation de l’habitabilité de la planète soit enfin enseignée !
Écrivons dès maintenant un livre collectif, à publier en octobre, pour relancer dès l’automne de grandes mobilisations contre l’inaction climatique !
Initions puis faisons grossir la vague qui, en septembre/octobre/novembre, engloutira les climatosceptiques et autres criminels climatiques !
Nous proposerons aux personnes ci-après de figurer parmi les Premiers signataires de cette Lettre ouverte :
Cyril Dion, Françoise Vimeux, Christophe Cassou, Baptiste Morizot, Heidi Sevestre, Caëla Gillespie, Hervé Kempf, Eloi Laurent, Salomé Saqué, Jean-Baptiste Fressoz, Yamina Saheb, Valérie Masson-Delmotte, Jean Jouzel, Jean-Marc Jancovici, Aurélien Barrau, Thomas Wagner, Yves Cochet, Éric Guilyardi, Michel Lussault, Camille Etienne, Philippe Bihouix, ...
Pour être signataire, transmettez votre accord à :
http://www.retraites-enjeux-debats.org/ecrire/?exec=article_edit&id_article=1702#
André Martin andre.martin69@orange.fr
Initiateur de la Lettre ouverte et du projet de Livre collectif
Conférencier pour l’association Avenir climatique
Signataires
André Martin Ingénieur INSA - Lyon
Laure Nusset Thérapeute EMDR - Toulouse
Anne-France Abillon Médecin - Vains
Nous vous invitons à diffuser cette LO à un maximum d’amis, scientifiques, enseignants et lanceurs d’alerte. Début septembre, nous publierons sur Change.org une version courte de cette LO, sous la forme d’un Appel/Pétition. Pour recueillir des dizaines de milliers de signatures en soutien à nos propositions.
La préservation de l’habitabilité de la planète a son corpus scientifique rassemblé dans les publications du GIEC. Baptiste Morizot et Laurent Neyret proposent d’ajouter au corpus juridique une fondation : la nouvelle valeur cardinale « Habitabilité ». Le corpus idéologique pour la préservation de l’habitabilité de la planète reste à construire. Ce livre collectif contribuera à le construire et l’actualiser. Ce sera un outil très utile pour les batailles idéologique à mener, aussi collectivement que possible, dans les mois à venir.